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Inégalité des revenus en fonction de l'âge: la précarisation du travail pointée

24 septembre 2014

(Québec) François-Bernard Malo, professeur des ressources humaines à l'Université Laval, ne se dit pas surpris par l'étude du Conference Board selon laquelle les jeunes travailleurs gagnent moins que leurs aînés. Un écart générationnel qui s'est amplifié ces 30 dernières années.                                               

«Derrière les inégalités de revenus, il n'y a pas juste la question des droits de scolarité qui explosent, la question des logements qui coûtent plus cher. Il y a d'abord et avant tout la plus grande précarisation du travail puis la détérioration des conditions de travail», dit-il.

Pour expliquer la situation, le professeur réfère à une autre étude publiée en février dernier par le Congrès du travail du Canada sur la création d'emplois au pays. 

«L'économiste en chef, Sylvain Schetagne, disait que derrière le taux de chômage affiché se cache un taux dont on ne parle pas beaucoup, mais qui réfère à la sous-utilisation de la main-d'oeuvre aussi bien au Québec qu'au Canada. Dans ce taux, on retrouve tous ceux et celles qui, contre leur volonté, occupent un emploi à temps partiel, un contrat à durée déterminée, un emploi de pigiste ou de travailleur semi-autonome. Bref, toutes sortes de personnes qui n'ont qu'une fraction du salaire et surtout des avantages sociaux que leurs parents ont eus pendant les années 70-80.» 

Selon M. Malo, c'est là où le bât blesse. Il perçoit que les entreprises, pour être plus efficaces et plus efficientes, ont tendance à couper dans les conditions de travail et dans les avantages sociaux. «À court terme, ça leur permet d'arriver à de beaux chiffres d'un point de vue financier. Mais à moyen et à long termes, c'est clair que ça entraîne un accroissement des inégalités au sein de la société et surtout un appauvrissement des plus jeunes qui ne bénéficient pas de ce qu'on appelait avant une job à temps complet le restant de leurs jours.»

Le professeur estime que les entreprises ont, de façon individuelle et collective, une responsabilité à assumer.

Formation en entreprise

Et quand M. Malo parle de responsabilité sociale des entreprises, il parle aussi d'investissement dans la formation de la main-d'oeuvre. «En regardant à l'échelle planétaire, comment se débrouillent les pays les plus performants d'un point de vue économique, ce que l'on constate, c'est que les entreprises de pointe investissent massivement dans le développement des compétences de leur personnel», plaide le professeur, qui est également directeur des programmes de formation continue.

Pour lui, les pressions qui surgissent en ce moment pour abolir le 1 % de masse salariale que les entreprises doivent consacrer à la formation de leurs employés, «c'est rétrograde». Cesser d'investir signifie selon lui que le développement de compétences reviendra aux employés, qui devront payer de leurs poches et s'endetter.

«On va encore vers un appauvrissement des plus jeunes.»

Le Soleil, 24 septembre 2014, Alexandra PERRON