Nouvelles

La discrimination insidieuse envers les trans

12 juillet 2017

Le Devoir - Idées
La discrimination insidieuse envers les trans

11 juillet 2017 | François Bernard Malo et Mustapha Bettache - Professeurs en gestion des ressources humaines au Département des relations industrielles de l’Université Laval | Actualités en société

Selon les auteurs, les personnes trans partagent pour la plupart un même problème: une difficulté réelle à se trouver un emploi et, lorsqu’elles en ont un au moment de leur transition, à le conserver. Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
Selon les auteurs, les personnes trans partagent pour la plupart un même problème: une difficulté réelle à se trouver un emploi et, lorsqu’elles en ont un au moment de leur transition, à le conserver.

Une personne trans est un être humain sain d’esprit dont l’identité de genre et l’expression de genre diffèrent du sexe qui lui a été assigné à la naissance par le médecin accoucheur. 

Selon les formes prises par cette identité et cette expression de genre, ces personnes sont parfois appelées « travesties », « transgenres » ou « transsexuelles ». En cela, elles se positionnent à l’extérieur des stéréotypes de genre considérés comme allant de soi au sein de plusieurs sociétés. 

Au-delà de ces étiquettes inutiles entretenues par la culture populaire et une curiosité malsaine, les personnes trans partagent toutes, pour la plupart, un même problème triste et criant : une difficulté réelle à se trouver un emploi et, lorsqu’elles en ont un au moment de leur transition, à le conserver. 

De nombreuses recherches ont, en effet, documenté ces difficultés pourtant inacceptables dans une société de droit se disant « évoluée ». Et pourtant ! 

Le Québec célèbre le premier anniversaire de la modification de la Charte des droits et libertés de la personne pour y introduire comme motif explicite de discrimination interdite l’identité et l’expression de genre. Si certains ou certaines de nos concitoyens ou concitoyennes pourraient croire que nous en avons déjà assez fait (pour ne pas dire même « déjà trop fait »), il faut savoir que la discrimination à l’égard des personnes trans est encore très présente dans les milieux de travail et que les formes d’agression que rencontrent ces dernières ne sont pas toutes exprimées de manière ouverte et physique. 

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les personnes trans sont régulièrement l’objet de moqueries, de commentaires déplacés et parfois aussi, il faut le dire, de harcèlement psychologique et sexuel, et cela, tant de la part de leurs collègues de travail que de leurs propres clients ou clientes et anciens ou anciennes associés. 

Dans certaines organisations, les personnes trans sont systématiquement écartées des processus d’embauche et elles sont automatiquement congédiées lorsqu’elles annoncent à leur employeur leur désir de vivre selon le genre auquel elles s’identifient. Dans d’autres organisations, les personnes trans sont appelées « Madame-Monsieur » et elles sont confinées aux toilettes unisexes réservées aux personnes handicapées. 

Ces tristes réalités sont trop peu connues, car la plupart des organisations font beaucoup d’efforts pour ne pas mal paraître et pour cacher la discrimination insidieuse qui y perdure encore. On ne dit pas aux personnes trans qu’elles ne sont pas bienvenues dans l’organisation, mais on leur met partout des bâtons dans les roues : « Nous sommes désolés, mais il n’y a pas de jupe en taille XXXL au magasin d’uniformes. » 

Un label « Trans Inside » 

Maintenant que le Québec célèbre la toute dernière modification de la Charte des droits et libertés de la personne en vue de mieux protéger les personnes trans, nous croyons qu’il est désormais temps de mettre en place un label « Trans Inside » et d’en faire la plus ardente des promotions. 

Garantissant à tous les membres de la société civile que l’organisation ne fait pas que respecter ses obligations légales à l’égard des personnes trans, mais qu’elle leur fait bel et bien une « vraie » place où elles peuvent s’épanouir tant personnellement que professionnellement, un tel label ne pourrait qu’aider à lutter contre les discriminations insidieuses aujourd’hui encore trop nombreuses. Dans les forêts luxuriantes, la vie croît et se propage là où la diversité règne. Il est grand temps que dans nos organisations nous le comprenions et le valorisions réellement.