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Problématique

L’accroissement de la concurrence engendré par la mondialisation, la financiarisation et les changements technologiques, amène les entreprises et les organisations, tant privées que publiques, à rechercher une amélioration constante de leur productivité et de leurs autres performances économiques. Il en résulte de fortes pressions pour modifier les modes de gestion et d’organisation des entreprises ainsi que les conditions de travail et d’emploi, tout en conjuguant différemment flexibilité et sécurité. Dans le même mouvement, certaines régions et territoires connaissent des restructurations en profondeur et éprouvent des difficultés accrues au chapitre de l’emploi et du développement économique, tandis que d’autres régions et territoires en sortent gagnantes grâce à la création d’un véritable système local d’innovation.

Pour étudier ces mutations du travail et de l’emploi, les Deuxièmes journées internationales d’étude sur le travail et les pratiques d’intervention, qui font suite aux Premières journées internationales organisées par l’ANACT à Lyon en octobre 2006, croiseront les regards d’experts, de praticiens et de partenaires sociaux en provenance des deux côtés de l’Atlantique. En mobilisant les recherches et les enquêtes les plus récentes et en faisant appel à des études de cas pertinentes, les intervenants se pencheront sur six thèmes d’une importance cruciale en regard des défis posés aux acteurs sociaux par les mutations du travail actuellement en cours. Au-delà des contextes institutionnels et culturels spécifiques à leurs pays d’origine, ils tenteront de dégager des enseignements d’une portée générale.

1. Les innovations organisationnelles dans le secteur privé et concurrentiel : quels modes de gestion et d’organisation pour quelles performances socio-économiques recherchées ?

Dans le contexte de la mondialisation et de la financiarisation, quelles modifications les entreprises connaissent-elles au chapitre de leur mode de gouvernance et de leur modèle d’affaire ? Quel est l’impact de ces modifications sur le périmètre d’action de l’entreprise et sur la dynamique des relations intra entreprises (entre les unités locales et le centre) et inter entreprise (émergence de réseau d’entreprises) ? Quelles sont les performances socio-économiques recherchées et quelles sont les formes d’organisation du travail mises en oeuvre pour les atteindre ? Comment évoluent les conditions de travail et d’emploi dans le sillage de ces mutations ?

2. Les innovations organisationnelles dans le secteur public et parapublic : comment gérer l’influence accrue de la régulation marchande et son impact sur le travail, l’emploi et les exigences de service public ?

Les organisations dans le secteur public, que ce soit un hôpital, une école ou une entreprise de services publics, sont confrontées à des exigences d’accessibilité, d’équité, de qualité des services et de résultats durables à long terme. Comment peuvent-elles rencontrer ces exigences de performances, tout en étant confrontées à une influence accrue du marché et à des impératifs de rentabilité et d’efficacité ? Comment caractériser ces formes hybrides qui émergent en conjuguant recours au marché, sous la forme de sous-traitance et de partenariat, dévolution d’activités aux associations locales et gestion étatique ? Comment qualifier cette Nouvelle Gestion publique ? Quelles sont les conséquences sur les formes d’organisation du travail ? Quels sont les effets sur les conditions de travail et d’emploi ?

3. La santé au travail : quels sont les nouveaux risques et les approches émergentes dans le cadre des nouvelles caractéristiques du travail contemporain ?

Le travail contemporain se caractérise par une certaine intensification, voire une densification, associée à la multiplication d’exigences toujours plus complexes, sans que les travailleurs aient nécessairement les moyens d’y faire face. Dans le même mouvement, on assiste à une augmentation des problèmes de santé mentale au travail et à des évolutions variables de la qualification, de l’autonomie et des interactions au travail. La participation et l’autonomie contribuent-elle à réduire l’occurrence des problèmes de santé, malgré un contexte d’intensification du travail ? Par delà les tendances générales, peut-on identifier des modèles d’organisation plus performants au point de vue tant économique que social ?

4. L’emploi et les parcours professionnels : comment conjuguer besoins de flexibilité des entreprises et besoins de parcours professionnalisant des travailleurs ?

Les modèles d’emploi et de carrière construits autour d’un contrat à durée indéterminée et de l’ancienneté dans une même organisation s’atténuent dans le sillage des évolutions contemporaines. Cela s’explique en grande partie par le fait que les entreprises ont besoin d’une grande flexibilité dans l’organisation du travail et dans les contrats d’emploi pour s’adapter à des évolutions économiques rapides, ajuster le volume de main-d’oeuvre selon les besoins et se concentrer sur leur métier principal, dans un contexte de grande volatilité des marchés et de délocalisation accrue de la production. Ces exigences de flexibilité rendent les parcours professionnels plus incertains et s’opposent aux besoins des salariés en matière de maintien et d’amélioration des protections sociales pour les revenus et l’emploi. Quels dispositifs mettre en oeuvre pour accorder aux salariés une sécurisation de leur parcours professionnel ? Quelles sont à ce propos les avancées des négociations entre les partenaires sociaux ? Quels sont les dispositifs mis en place localement par les différents acteurs ?

5. Les restructurations : quelles innovations sociales et quelles mobilisations les acteurs locaux et les pouvoirs

Qu’il s’agisse de fermetures, de délocalisations des capacités de production, d’acquisitions ou de fusions, les restructurations d’entreprise frappent durement les secteurs en déclin et les régions mono industrielles. Le développement local et l’emploi deviennent dès lors des enjeux cruciaux pour les acteurs locaux et pour les syndicats représentant les travailleurs concernés. Quelles mobilisations et quelles innovations sociales sont alors mises en oeuvre pour assurer la survie et le développement des communautés locales ? Comment anticiper et gérer les restructurations dans les territoires et les secteurs menacés par l’arrivée de nouveaux concurrents internationaux en provenance des pays à faibles salaires ? Comment relancer l’activité économique et les emplois dans de telles circonstances ?

6. Les territoires de l’innovation : comment créer des systèmes locaux d’innovation qui assurent mieux l’emploi et le développement économique dans les territoires ?

Dans les systèmes locaux d’innovation, l’avantage concurrentiel du territoire réside dans la valeur du capital social détenu par ses habitants et dans la qualité et la densité des institutions (entreprises, centres de recherche, universités, institutions de financement, dispositifs de formation de la main-d’oeuvre et institutions de régulation de l’emploi et de l’économie) qui s’y retrouvent. L’emploi et le développement économique sont mieux assurés par cet avantage concurrentiel. Le plus souvent associés aux métropoles et aux technopôles qui ont su se nicher dans des créneaux spécialisés, l’émergence et le développement de systèmes locaux d’innovation sont-ils possibles sur d’autres territoires ? Si oui, à quelles conditions ?

Deux thématiques sont transversales aux divers thèmes abordés dans ce colloque : il s’agit du dialogue social et des pratiques d’intervention. L’articulation et l’arbitrage entre les performances économiques et sociales, l’atténuation de l’impact des restructurations sur l’emploi, la promotion d’un système social d’innovation porteur d’un développement de l’emploi et des territoires ainsi que l’introduction des innovations exigent la concertation, la négociation et le dialogue social pour élaborer des compromis entre des acteurs, dont les intérêts, les stratégies et les perspectives sont à priori différents. Comment les mettre en oeuvre et en assurer la pérennité ? Quel rôle les partenaires sociaux et plus spécifiquement les syndicats sont-ils appelés à jouer dans ce contexte?

Pour réunir les conditions sociales rendant possibles une amélioration de la coopération et du dialogue social, des pratiques d’intervention appropriées sont certes nécessaires. Mais plus encore, elles deviennent tout à fait primordiales lorsqu’il s’agit d’introduire et de mener à terme des innovations sociales d’une grande complexité. Comment ces pratiques d’intervention évoluent-elles sous la contrainte des transformations de l’entreprise, du travail et de l’emploi ? Quels sont leurs objets, les types de problèmes rencontrés, les nouvelles pratiques et leur efficacité ? Peut-on dégager des enseignements, valables sur le plan international, et favoriser la diffusion des innovations en termes d’intervention ?

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